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Tourisme algérien
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Woujouh · Les personnages d’hier

Augustin, l’enfant de Souk Ahras

Un pape a traversé la Méditerranée pour venir s’incliner à Annaba. Mille six cents ans plus tôt, un enfant de Souk Ahras apprenait déjà à l’Occident à penser.

© Dan Sloan / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0)
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Texte : Ranym Bedja

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En avril 2026, pour la première fois de l’histoire, un pape a foulé le sol algérien. Accueilli par le président Tebboune, Léon XIV ne venait pas seulement en chef d’Église : il faisait le voyage en pèlerin, pour se recueillir à Annaba, là où vécut un homme né sur cette terre il y a mille six cents ans. Le monde entier a braqué ses caméras sur la ville pendant trois jours. Voici ce qu’il n’a pas pris le temps de voir.

L’enfant de Thagaste

Reviens en l’an 354. À Thagaste – aujourd’hui Souk Ahras, dans l’Est algérien – naît un garçon dans une famille où l’on parle le punique et le berbère avant le latin. Sa mère, Monique, est elle aussi une enfant de Thagaste : une Amazighe de caractère, patiente et inébranlable, qui suivra son fils jusqu’en Italie et priera toute sa vie pour lui. L’histoire en fera une sainte – et, bien plus tard, une ville de Californie portera son nom : Santa Monica. Son fils, lui, s’appelle Augustin. Rien, dans ce bourg de Numidie, ne laisse deviner qu’il deviendra l’un des cerveaux qui façonneront toute la pensée de l’Occident.

Celui qui a appris à l’Occident à se confesser

Augustin étudie à Carthage, enseigne à Rome puis à Milan, doute, se cherche, se perd, puis se retrouve. Revenu en Afrique, devenu évêque d’Hippone – l’actuelle Annaba –, il écrit vers l’an 400 un livre sans équivalent : Les Confessions. Pour la première fois, un homme se raconte de l’intérieur – ses fautes, ses tourments, ses joies. On tient là la première autobiographie de la littérature occidentale. C’est aussi dans ces pages qu’il pose une question que personne n’avait formulée ainsi : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si on me le demande, je ne le sais plus. » Quinze siècles avant les physiciens, un homme d’Hippone interrogeait déjà la nature du temps.

Suivront La Cité de Dieu, puis des centaines d’ouvrages, de lettres et de sermons. Pendant tout le Moyen Âge, l’Europe pensera avec Augustin ; de Descartes à Rousseau – qui lui empruntera jusqu’au titre de ses propres Confessions –, tous lui devront quelque chose. Celui qui a appris à l’Occident à regarder au fond de lui-même était un enfant de l’Est algérien.

Annaba, seize siècles plus tard

Augustin meurt à Hippone le 28 août 430, alors que les Vandales assiègent la ville – la fin d’un monde, celui de l’Afrique romaine. Mais son ombre n’a jamais quitté la baie. Sur la colline, la basilique qui porte son nom domine les ruines de l’antique Hippone, où l’on marche encore entre les colonnes de la cité dont il fut l’évêque. À l’intérieur, dans un reliquaire d’argent revenu d’Italie, repose un os de son bras droit. Et en avril 2026, un pape augustinien, Léon XIV – qui s’était présenté au monde comme « un fils de saint Augustin » –, a traversé la Méditerranée pour venir, à son tour, s’incliner ici.

Prends-en la mesure : le chef d’une Église de plus d’un milliard de fidèles a fait le voyage jusqu’en Algérie sur les pas d’un enfant de Souk Ahras. À ceux que cette visite agace ou fait ricaner, l’Algérie n’a rien à répondre. Elle n’a qu’à montrer. Seize siècles d’histoire n’ont pas besoin d’avocat.

Alors si un jour tes pas te portent vers l’est, monte à la basilique d’Annaba au coucher du soleil, quand la lumière dore les colonnes d’Hippone et la mer en contrebas. Tu comprendras pourquoi, d’Augustin au pape, le monde finit toujours par revenir ici.

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